2) POLARISABILITE
2. 1 Notion de polarisabilité
Si on considère un atome qui en l'absence de champ extérieur possède la symétrie
sphérique, les barycentres des charges positives et négatives sont confondues et l'atome
ne possède pas de moment dipolaire permanent. Sous l'action d'un champ électrique
extérieur les déplacements en sens inverses des charges positives et négatives se
traduit par l'apparition d'un moment dipolaire induit. En première approximation, on peut
admettre que ce moment dipolaire est proportionnel au champ électrique local El
agissant au niveau de l'atome.
p = a El
Le paramètre a est appelé polarisabilité
de cet atome. La polarisabilité d'une molécule de symétrie sphérique peut être
définie de la même façon. Dans le cas d'une molécule ne possèdant pas de symétrie
sphérique la polarisation de la molécule dépend de son orientation par rapport au champ
de sorte que le relation précédente devient tensorielle.
pu = a uvElv
auv est appelé tenseur de
polarisabilité.
2. 2 Modèle simple de polarisabilité
Pour illustrer ce qui précède, considérons le modèle simple d'un atome de symétrie
sphérique, constitué d'une charge +e localisée au centre O de la sphère et d'une
charge -e uniformément répartie avec une densité r
dans le volume de la sphère. En appelant R le rayon de la sphère, on a
r(4/3)pR3
= -e
En l'absence de champ polarisant le barycentre des charges négatives est en O et
l'atome ne possède pas de moment dipolaire. Sous l'action d'un champ électrique El,
la sphère, supposée non déformée, se déplace d'une distance d, générant un moment
dipolaire induit
p = ed i
( i vecteur unitaire selon la direction de El: El
= El i )
La charge +e est alors soumise à la fois au champ El appliqué et à
celui Ed dû aux charges négatives. A l'équilibre on a
e ( El + Ed ) = 0
L'application du théorème de Gauss nous permet de calculer le champ Ed.
Choisissons, pour respecter la symétrie du système, une surface de Gauss sphérique, de
rayon d, et centrée sur le barycentre des charges négatives. On a la relation

Qint est la charge contenue dans le volume délimité par la surface de
Gauss et Ed le module du champ Ed. Le champ électrique, dû
aux charges négatives, agissant sur la charge positive est donc
Ed = (rd / 3e0 ) i
et à l'équilibre on a
(rd / 3e0
) + El = 0 ou
ed = 4pe0R3
El
Le moment dipolaire acquis par l'atome est alors
p = ed i = 4pe0R3
El
et sa polarisabilité s'exprime par
a = 4pe0R3
Cette expression simple de la polarisabilité, applicable dans le cas à systèmes
sphériques et polarisation induite se retrouve à partir de plusieurs approches. ( cf. Diélectriques > Exercices > Polarisabilité > Exercice 1 - Exercice
2 - Exercice 4 )
2. 3 Milieu non polaire
. Le milieu étant non polaire le champ local est le champ de Lorentz
El = E + P/ 3e0
( cf. Diélectrique isotrope )
Si N est le nombre de molécules par unité de volume, en introduisant la
polarisabilité a, la polarisation s'exprime par:
P = Np = Na El
= Na ( E
+ P/ 3e0)
Comme
P = (e - e0 ) E
on en déduit la relation de Claussius-Mossotti reliant la permittivité à la
polarisabilité:
[(e - e0
) / (e + 2e0
)] = Na / 3e0
En notant respectivement r et M, les masses volumique et molaire du
diélectrique, et N le nombre d'Avogadro, on
a
r = N ( M / N )
On peut alors définir la polarisation molaire du diélectrique par
P = ( M /r ) [(e - e0 ) / (e + 2e 0 )] =
N a / 3e0
Malgré son nom il ne s'agit pas d'une polarisation. Dans les conditions adoptées pour
établir la relation de Claussius Mossotti, elle est caractéristique de la substance et
à ce titre est indépendante de la pression et de la température. Cette remarque est
confirmée à quelques pour cent près par l'expérience.
2. 4 Milieu polaire à polarisabilité induite négligeable
Si chaque molécule possède un moment dipolaire permanent p suffisamment grand
pour que le moment dipolaire induit pi soit négligeable devant lui est
placée dans un champ local El orienté selon Oz, cette molécule a une
énergie d'interaction avec le champ, donnée par la relation:
W = - p. El = - pElcosq
en appelant q l'angle entre p et El.
lorsque le système est à l'équilibre, à la température T, d'après la statistique de
Boltzmann, le nombe dN de molécules dont le moment dipolaire pointe dans l'angle solide dW = 2psinqdq est:
dN = C e-W / kTdW
C est une constante déterminée par la relation

Le moment dipolaire généré par les dN molécules est alors
dP = dN p
Par raison de symétrie la polarisation P, qui est le moment dipolaire moyen par
unité de volume, est selon la direction Oz et son amplitude P selon cette direction est
donnée par:

El et p étant respectivement les normes des vecteurs El
et p.
En posant:
a = pEl / kT

on peut écrire l'expression de la polarisation:

La fonction L(a) = coth(a) - 1/a est appelée fonction de Langevin, et on a donc
P = NL(a) p

Lorsque a est très grand, c'est à dire en champ fort ou à température basse, la
polarisation tend vers sa valeur de saturation P0 = Np, correspondant
à la situation où tous les dipôles sont alignés dans la direction du champ local El.
La situation précédente est théorique, car elle correspond à des valeurs de champ
très supérieur au champ de claquage du diélectrique, et on aurait destruction
du matériau. La pratique correspond à des valeurs faible de a pour lesquelles on
peut écrire:
coth(a) » 1/a + a / 3
et
P » Npa / 3 = ( Np2/ 3kT
) El
On peut alors définir la polarisabilité orientationnelle statique ao par:
P = Np = NaoEl
avec ao
= p2/ 3kT
Dans ce cas donc, la polarisabilité dépend de la température selon une loi en T-1,
dite loi de Curie.
Dans un milieu polaire nous devons utiliser le champ d'Onsager comme expression du
champ local, soit
El = [ 3e / ( 2e + e0 )] E
( cf. Diélectrique polaire - Champ d'Onsager )
E est le champ électrique macroscopique dans le milieu. On obtient donc

Définissons la polarisation molaire du matériau, par
P = ( M /r ) [(e - e0 ) / (e + 2e0 )]
r et M,
sont respectivement les masses volumique et molaire du diélectrique. Compte tenu, d'une
part, de la relation précédente entre la polarisation P et le champ macroscopique
E, et d'autre part des suivantes
r = N ( M / N )
et
P =
(e - e0
) E
où N est le nombre d'Avogadro, la
polarisation molaire s'écrit
P = ( M /r ) [(e - e0 ) / (e + 2e0 )] =
( N / N ) [(e
- e0 ) / (e
+ 2e0 )]
= ( N p2 / kT ) [e / (e0 + 2e )(e + 2e0 )]
Précisons encore une fois que malgré son nom il ne s'agit pas d'une polarisation.
2. 5 Milieu polaire à polarisation induite non négligeable
Dans le cas d'un milieu polaire à polarisation isotrope non négligeable, les deux
mécanismes participent à la polarisation du milieu qui s'écrit:
P = Pi + Pp = N (ai + a o
) El = N(ai + p2/
3kT ) El
où Pi et Pp sont respectivement les polarisations
induite et permanente, ai la
polarisabilité induite et a0 la
polarisabilité orientationnelle. Le champ local El est alors à priori
différent des champs de Lorentz ou Onsager.
Déterminons encore ici, la polarisation molaire du matériau, définie par
P = ( M /r ) [(e - e 0 ) / (e + 2e 0 )]
r et M,
sont respectivement les masses volumique et molaire du diélectrique. Compte tenu des
relations suivantes
r = N ( M / N )
et
P =
(e - e0
) E
où N est le nombre d'Avogadro, et en
supposant que le champ de Lorentz demeure, malgré tout, une approximation raisonnable du
champ effectif local,
El = [(e + 2e0 ) / 3e0
] E
( cf. Diélectrique isotrope et Diélectrique cristallin cubique ).
la polarisation molaire s'écrit
P = ( M /r ) [(e - e 0 ) / (e + 2e0 )] =
( N / N ) [(e
- e0 ) / (e
+ 2e0 )]
= ( N / 3e0
) [ a i + ( p2 / 3kT )]
Cette relation, initialement établie par Debye, est très bien vérifiée
expérimentalement dans le cas de diélectriques à l'état gazeux, mais donne de moins
bons résultats pour les liquides et les solides. Ceci n'a rien d'étonnant dans la mesure
où, adopter le champ de Lorentz comme expression du champ local, revient à négliger l'action
polarisante de la composante permanente du moment dipolaire sur son voisinage. Cette
approximation est d'autant plus justifiée que les molécules sont éloignées les unes
des autres, c'est à dire que le milieu est plus dilué. L'état gazeux est bien sûr
celui dans lequel cette condition est la mieux satisfaite.
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